Magazine, Vol. 4: Le tournant climatique
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« Les gens n’achètent toujours pas de véhicules électriques »

Drought and Fires LI: Niger, 2007 © Sayler/Morris

Les individus peuvent-ils stopper le changement climatique? Une discussion sur la responsabilité

 

Lorsque l’on se préoccupe du réchauffement climatique, on en vient inévitablement à se poser certaines questions : “Que font les gouvernements contre le réchauffement climatique?” et “De quoi a-t-on concrètement besoin pour changer de politique climatique ?” Le magazine 42 a reçu Professeur Anthony Patt, qui est venu expliquer en quoi les gouvernements doivent absolument agir plutôt que d’attendre que les individus changent leurs habitudes de consommation.

Professeur, est-ce que je peux individuellement faire bouger les lignes pour le climat ?

Anthony Patt : Individuellement, il y a quelques gestes que l’on peut faire. Mais pour empêcher le réchauffement climatique, finalement, il faut réduire les émissions carbones à zéro. Si quelques individus modifient leurs comportements de façon minime, cela ne suffira pas. Ce qu’il nous faut, c’est une action collective, et ce pour deux raisons. Premièrement, pour qu’il soit possible que les gens agissent individuellement, sans trop de difficultés ou d’obstacles économiques, et leur donner accès aux biens de consommation issus de productions par les énergies renouvelables et non par l’énergie fossile. Deuxièmement, pour qu’au bout du compte, on généralise ces bonnes pratiques à l’ensemble de la population et non pas seulement aux individus engagés pour le climat.

Donc même si nous étions nombreux à décider de ne plus prendre l’avion et de devenir végétariens, ça ne changerait rien ?

Si, cela aurait un impact, mais loin d’être suffisant. Prenons l’avion, par exemple. Pour arriver à une émission nulle, il faudrait que plus personne ne voyage, ou que le kérosène soit remplacé entièrement par des énergies renouvelables. La deuxième option semble plus réaliste et probable, du moins d’ici trente ou quarante ans. Cela implique le développement de l’énergie solaire pour propulser les avions. Actuellement aucune compagnie aérienne n’utilise ce type de carburant, et il faudra au moins une décennie ou deux avant que ça ne devienne un tant soit peu accessible. Il faudra complètement revoir les infrastructures de production de ces carburants, et ce, en quantité suffisante. En attendant, moins on prend l’avion, mieux se porte la planète. Cette même logique s’applique à l’alimentation.

Donc les infrastructures représentent un élément crucial dans l’équation du changement ?

Oui, c’est ce que je pense. Prenons par exemple la voiture. Pour empêcher le réchauffement climatique, soit on supprime les trajets en voiture, soit on prend des véhicules à biocarburants. Les deux scénarios impliquent de nouvelles infrastructures. Pour réduire le trafic routier individuels, plus de pistes cyclables et des meilleurs systèmes de transport public sont nécessaires. Et si nous continuons d’utiliser des véhicules personnels, il faut que leur production soit neutre en carbone. Nous avons besoin d’infrastructures en énergies renouvelables adéquates dans les usines. Nos véhicules doivent carburer aux énergies renouvelables. Le plus pratique serait l’électrique, l’électricité renouvelable. Encore une fois, nous devons effectuer la transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Il faut remplacer les stations d’essence par des stations de recharge. En gros, il faut complètement remplacer nos infrastructures existantes par de nouvelles infrastructures.

Y a-t-il des pays à la pointe de ce changement ?

Bien sûr. Pour l’automobile, par exemple, la Norvège est actuellement particulièrement avancée, avec des résultats très probants. À Oslo, de nombreuses routes sont transformées en zones piétonnes et les gens conduisent de moins en moins en ville. Depuis dix ans, ils travaillent également à remplacer tous les véhicules en usage par des véhicules électriques. Pour ce faire, ils ont réduit les taxes sur les voitures électriques et ont pris quelques mesures, comme la gratuité du stationnement pour les voitures électriques. Ils ont installé de nombreux points de recharge, y compris dans les zones de stationnement nocturne en ville. En 2018, environ la moitié des ventes de véhicules neufs étaient électriques. Il se peut que d’ici à 2028, elles atteignent 100%. Bien sûr, la Norvège est un petit pays, mais ce qu’il a réalisé est essentiel. D’abord, la croissance du marché du véhicule électrique a permis une baisse des prix et a favorisé en même temps qu’ils soient moins chers, en même temps que d’autres développements technologiques comme les batteries plus durables. Cela encourage les gens à acheter des véhicules électriques, plutôt que des véhicules essence ou diesel. Ensuite, la Norvège prouve qu’il est possible de tendre vers l’émission nulle. Elle montre l’exemple à d’autres pays pour lesquels ce changement sera plus aisé et moins coûteux qu’il ne l’a été pour la Norvège. On peut penser à des histoires similaires dans d’autres secteurs: la construction immobilière, la production industrielle ou encore la fourniture d’énergies renouvelables.

 

« Je ne pense pas que la taxe CO2 constitue une menace, mais je la trouve assez inutile »

 

Il nous faut donc une taxe carbone pour voir ce scénario se réaliser chez nous ?

Je ne pense pas que la taxe CO2 constitue une menace, mais je la trouve assez inutile. La réalité, c’est que la plupart des gens sont bloqués par leur dépendance quotidienne aux énergies fossiles. Si le prix des pommes vient à doubler, par exemple, on achète des poires à la place. Mais, par contre, nous sommes dépendants des énergies fossiles et disposons d’un nombre d’alternatives très limité. Les gens doivent prendre la voiture tous les jours pour travailler, voir leurs proches, faire leurs courses. Pour changer la donne, au vu de nos infrastructures actuelles, il faudrait que les gens fassent des changements de vie drastiques. Nous avons pu observer que même une taxe carbone conséquente, qui rend l’utilisation des véhicules personnels plus prohibitive, donne très peu de résultats. L’achat et l’entretien des véhicules électriques sont déjà moins coûteux que les véhicules traditionnels, c’est pourquoi une taxe carbone plus haute ne changera pas la donne. Si les gens n’achètent toujours pas de véhicules électriques, c’est pour d’autres raisons. Nous devons nous pencher sur celles-ci.

Quelles sont précisément ces raisons auxquelles il faut apporter une solution ?

Ça dépend de quel domaine du quotidien on parle. Par exemple, les véhicules électriques pourraient être améliorés par une plus grande autonomie, et c’est en train de se faire sous l’impulsion de la croissance du marché mondial. Pour que ce marché puisse croître en Suisse, il faudrait néanmoins augmenter les infrastructures de recharge. L’énergie éolienne en Europe occidentale, par exemple, est plus abondante en hiver, ce qui correspond à la période où l’énergie solaire est moins disponible. Nous devrions donc travailler dans le sens de ces deux sources d’énergies, trouver le point d’équilibre de leur complémentarité, ce qui induit des changements dans les réseaux électriques. Il y a des domaines où les technologies vertes sont à un stade tout bonnement embryonnaire, comme celui des biocarburants pour le secteur aérien.

… et ces technologies coûtent beaucoup trop cher pour le moment.

Oui, c’est le plus gros problème. Cette technologie qui produit du carburant à partir de l’eau, de l’air et du soleil existe déjà en laboratoire. Elle ne sera jamais accessible économiquement tant qu’elle y restera confinée. C’est une histoire de compétitivité entre acteurs privés du marché. On en revient à la question de l’œuf ou de la poule. Il nous faut donc des politiques publiques qui créent une demande pour ce produit, malgré les coûts élevés, pour qu’il sorte sur le marché. C’est ce que les subventions qui ont été allouées par le passé au solaire et à l’éolien ont permis, par exemple. À présent, ils sont accessibles, et nous pouvons nous passer de subventions.

Que pensez-vous des mesures compensatoires, comme par exemple, planter des arbres pour réduire les émissions carbone des lignes aériennes ?

Compenser, c’est mieux que rien. Mais ce n’est absolument pas une solution pérenne. Si nous devions planter des arbres pour compenser chaque trajet aérien, nous finirions vite par manquer d’espace. Concernant le transport aérien, nous avons besoin de politiques qui commencent à rendre possibles les alternatives au kérosène. Pour les autres secteurs, il est déjà possible et même souvent plus rentable de se passer des énergies fossiles. En Suisse, l’une des sources d’émissions carbone les plus importantes est le chauffage domestique à l’huile combustible et au gaz. Mais de plus en plus de collectivités font la démarche de remplacer ce système par un chauffage central par quartiers, en se servant de l’incinération des déchets ou des copeaux de bois. Ailleurs, il semble logique de passer aux pompes thermiques et aux systèmes géothermiques, alimentés à l’électricité renouvelable. Tous ces processus nécessitent un investissement financier de départ, mais ils s’amortissent sur la durée.

C’est donc un développement positif ?

Oui, en effet. Ce sont de bonnes nouvelles ! Le chauffage est le secteur où l’on arrive le mieux à limiter les gaz à effets de serre. Il n’y a pratiquement aucun obstacle, si ce n’est la loi. Nous devons interdire l’utilisation des carburants et installer de nouveaux systèmes de chauffage dans les zones où nous utilisons toujours le gaz naturel et les huiles combustibles. C’est le domaine où nous pouvons agir le plus facilement pour le climat. Tout ce qu’il faut, c’est une politique législative qui travaille en ce sens. L’Union Européenne est déjà en train de préparer ces lois, et la Suisse pourrait suivre.

Donc, concrètement, seule l’intervention des gouvernements peut empêcher le réchauffement climatique ?

Les politiques des gouvernements se sont montrées très importantes pour empêcher le réchauffement climatique depuis un certain temps, et elles continueront de l’être pour les décennies à venir. La recherche financée par les gouvernements a abouti à des technologies alternatives à l’énergie fossile, et le soutien des technologies et infrastructures est ce qui permettra graduellement de les rendre plus accessibles. Lorsqu’il sera facile et économiquement possible de faire sans les énergies fossiles, à savoir chauffer une maison comme c’est déjà le cas, ou conduire une voiture d’ici quelques années, alors les lois pourront faire en sorte que tout le monde fasse la transition. Une croyance populaire est que les gouvernements ne font rien pour le climat, en partie parce que les gens font le raccourci entre politique environnementale et taxes ou seuils imposés sur les émissions carbone. En réalité, de nombreux gouvernements ont déjà réalisé plusieurs choses, ce qui nous met en bonne voie pour remplacer complètement le recours aux énergies fossiles d’ici vingt ou trente ans. Bien sûr, pour que ça arrive, il faudra en faire bien plus, mais je suis optimiste et j’y crois. On pourrait au moins limiter le réchauffement climatique à un niveau suffisant pour protéger la plupart de nos écosystèmes, nos zones côtières et nos systèmes alimentaires.

Quels sont les défis à relever afin d’éliminer l’utilisation des énergies fossiles ?

Avant de pouvoir interdire l’utilisation des énergies fossiles, les défis sont spécifiques à chaque secteur. Comme je l’ai dit, dans les secteurs du chauffage et de la construction immobilière, le plus gros est déjà fait car depuis trente ans, les gens développent des technologies pour construire des bâtiments qui n’utilisent pas d’énergie fossile. Dans les autres domaines, il y a des défis à relever avant de pouvoir atteindre ce stade. Pour le transport, nous pourrions cesser l’utilisation des combustibles fossiles sur les réseaux routiers en passant à l’électrique. Cela pourrait arriver vite, si nous sommes prêts à relever les défis d’ordre infrastructurel dont on a parlé. En Suisse, la plupart de notre électricité est déjà renouvelable, et seule une infime partie provient du fossile. Mais certaines voitures de manufacture allemande, par exemple, sont certainement encore produites avec une énergie fossile. L’un de nos défis est de remplacer les énergies fossiles par les énergies renouvelables.

Quels sont-ils ?

Ces défis sont doubles. Premièrement, il y a l’enjeu de la quantité d’énergie renouvelable que nous devons pouvoir produire en suffisance. Cela implique donc un grand nombre d’éoliennes et de panneaux solaires, qui nécessitent souvent de nouvelles sources de financement et qui se heurtent aux réticences des populations. Par exemple, la recherche a montré que les populations sont souvent opposées à l’installation d’éoliennes lorsqu’elles voient que des entreprises vont profiter de leur terre au détriment de la beauté du paysage, mais elles y sont en revanche favorables lorsque l’installation part d’un projet de collectivité, et qu’elles ont le sentiment que leur voix est entendue dans le processus de prise de décision. Le deuxième aspect est la rentabilité de l’électricité renouvelable. Comme je l’ai déjà dit, une solution possible est le stockage d’énergie, mais on peut aussi parler d’échanges interrégionaux des énergies renouvelables, car les régions disposent de sources différentes, comme les centrales hydrauliques, les éoliennes, les panneaux solaires.

Ainsi, la clé de la transition énergétique serait la coopération intergouvernementale ?

Absolument ! Les entreprises d’électricité suisses investissent déjà dans des parcs éoliens en Europe occidentale, ce qui est très sensé. Mais pour que ces investissements s’avèrent efficaces, il faut une coopération solide avec l’UE pour un marché commun de l’électricité. Bien sûr, nous devons faire en sorte que les termes de cette coopération soient équitables, mais arriver à des accords ouvrira la voie au maintien d’une fourniture fiable d’électricité tout en remplaçant les centrales nucléaires par les énergies renouvelables et les véhicules à essence par l’électrique.

Y a-t-il certaines victoires notables sur le plan politique concernant l’avancée de la transition énergétique ?

Pour faire court, la réponse est oui. Pour développer un peu plus, on peut dire qu’il y a encore beaucoup à faire, et un certain nombre de lois qui sont en vigueur ne fonctionnent pas très bien. Les stratégies politiques ont permis le développement de presque toutes les technologies dont nous avons besoin, des marchés qui peuvent conduire ces technologies vers une plus grande fiabilité et disponibilité, et même parfois, l’interdiction de l’utilisation des énergies fossiles là où c’est possible. En effet, l’efficacité de certaines de ces lois a engendré de nouveaux défis. Les pays européens génèrent désormais une quantité importante d’énergie solaire et éolienne, qui fournit de l’électricité stockable, de la transmission ; et l’intégration du marché de l’électricité devient un enjeu crucial. Il faut maintenant s’atteler à ces questions. Il y a des secteurs entiers où presque rien n’a encore été fait, comme la construction et la production industrielle, l’agriculture, l’aéronautique, le transport maritime. Nous savons empiriquement que ces secteurs pourraient profiter de la transition énergétique, mais les négociations politiques peuvent être tortueuses car les profits ne sont pas toujours équitablement répartis. En Europe, le Système communautaire d’échange de quotas d’émission s’est avéré être un outil politique peu efficace. Les taxes sur les émissions de carbone n’ont pas donné grand-chose en termes de changement pour les raisons évoquées plus haut. Mais je suis certain que si nous nous servons des stratégies qui ont déjà fait leurs preuves et que nous les appliquons à ces secteurs, nous sommes capables de résoudre ce problème d’ici la fin du siècle.

Si vous aviez le pouvoir politique de décision, quelle serait votre démarche ?

Les stratégies politiques sont de trois types. En premier, il y a les taxes et les marchés des permis qui pénalisent financièrement les combustibles fossiles. Ensuite, il y a le soutien aux énergies renouvelables et leurs infrastructures, comme les stations de recharge. Enfin, il y a les lois qui interdisent l’utilisation des combustibles fossiles dans certains secteurs, telles que celle que l’UE va présenter pour les nouveaux systèmes de chauffage, et le but auquel nous tendons est que cette législation s’applique à tous les secteurs. Une partie de l’opinion pense que nous n’avons besoin que des taxes et des pénalités financières, mais je ne pense pas que cela soit une solution pratique, même si elle semble idéale en théorie. Personnellement, je pense que nous avons besoin d’une combinaison des deux derniers exemples que j’ai cités : il faut d’abord trouver des alternatives au fossile, et lorsqu’elles seront fiables et fonctionnelles, légiférer contre le maintien du fossile. C’est l’approche qui s’est déjà montrée efficace dans un bon nombre de secteurs environnementaux. En Europe, par exemple, de plus en plus de villes interdisent aux anciens véhicules diesels de circuler pour améliorer la qualité de l’air et la santé publique, dans la mesure où d’autres options plus propres sont disponibles.

 

« Nous devons rester très attentifs à ce qui se passe autour de nous, nous devons nous préparer aux surprises, et parfois, à changer d’avis »

 

Mais parfois, la réalité peut venir mettre à mal la théorie. Quelles conséquences sur l’action politique ?

Je crois que nous devons rester très attentifs à ce qui se passe autour de nous, nous devons nous préparer aux surprises, et parfois à changer d’avis. Ce qui s’est passé récemment en Allemagne est exemplaire : elle a pris de nombreuses mesures pour soutenir l’énergie solaire et éolienne, ce qui lui a permis de faire des économies considérables, et même au-delà de ses frontières. C’est très positif. Mais l’effet sur les émissions allemandes a tardé à se faire ressentir. Son industrie du charbon était très forte, et politiquement, il était impossible de fermer les centrales à charbon, même lorsque le solaire et l’éolien ont commencé à prendre leur essor. Beaucoup ont dit que le soutien à ces deux sources était inutilement cher et chronophage. Mais au cours de ces quelques derniers mois, la chancellerie a négocié un plan de fermeture progressive des centrales et mines de charbon restantes et d’aide aux travailleurs qui ont perdu leur emploi à la suite de ces fermetures. Je ne pense pas que ça aurait été possible si les industries de l’éolien et du solaire n’étaient pas solides. Mais il a fallu être patients, et les émissions de l’Allemagne donnaient matière à être pessimiste jusqu’à ce revirement.

Quel est selon vous le rôle des ONG dans les stratégies environnementales ?

Les ONG jouent un rôle très important pour générer un élan politique et des débats. Elles agissent souvent en coulisses. L’analyse de ces questions est extrêmement complexe, et les hommes et femmes politiques ne disposent pas d’assez de ressources pour pouvoir analyser les problèmes auxquels ils sont confrontés. Ils dépendent des lobbies des industries, et les ONG viennent leur apporter des idées et des solutions. C’est l’un des rôles des ONG. On peut aussi citer leur influence sur le secteur privé et ses acteurs pour les inciter de la même manière à agir. Par exemple, un nouveau pacte a vu le jour entre les entreprises qui s’engagent à effectuer la transition vers une énergie renouvelable pour alimenter leurs chaînes de production à 100%. C’est un ensemble d’ONG qui est à l’origine de cette avancée, elles exercent une surveillance sur les entreprises pour s’assurer qu’elles tiennent leurs promesses.

 

« Aujourd’hui, nous avons vraiment les moyens d’effectuer la transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables »

 

Vous avez l’air très optimiste. D’où vous vient votre optimisme ?

Cela peut paraître surprenant, mais mon optimise découle de ces vingt dernières années. S’il est vrai que nous n’avons pas encore vu de réduction des émissions, il faut se souvenir que nous ne disposions pas encore des technologies et des systèmes qui le permettent aujourd’hui. Notre seule solution était de limiter notre consommation d’énergie, et nos économies d’énergie ne pouvaient pas se mesurer aux effets de la croissance économique, surtout dans des pays comme la Chine. Mais à présent, nous disposons de ces technologies et de ces systèmes. L’enjeu n’est plus d’économiser l’énergie avant tout. Aujourd’hui, nous avons vraiment les moyens d’effectuer la transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables, et cette transition est en train de s’accélérer. Dans une très grande mesure, cette accélération est à mettre en relation avec d’autres facteurs, tels que le maintien de la qualité de l’air ou simplement l’économie d’argent. Certains pays sont plus avancés que d’autres, principalement grâce aux stratégies et aux lois qu’ils ont mis en place. Par exemple, j’étais en Ecosse il y a peu, et j’ai appris qu’ils ont déjà réduit leurs émissions presque de moitié. La Suisse n’est pas en tête de peloton, mais elle n’est pas non plus en queue. Nous avons fait quelques progrès. Mais maintenant, tous les pays commencent à agir d’une manière ou d’une autre, et nous commençons à voir les lignes bouger dans de plus en plus de secteurs économiques. Je crois vraiment que nous sommes capables de résoudre ce problème.

Interview : Maria Lissek
Traduction : Amélie Verrot

 

 

Né en 1965 à Boston, dans l’état du Massachusetts, Docteur  Anthony Patt est Professeur de Politiques climatiques à l’Institute for Environmental Decisions et au Swiss Federal Institute of Technology à Zurich, Suisse, depuis 2013. Ses travaux de recherche portent sur les questions de politique climatique, notamment les coûts élevés pour les sociétés de l’adaptation au réchauffement climatique, et sur la cartographie des bienfaits des systèmes énergétiques innovants.

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