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Edito N° 1

Le numéro 1 est là ! Toute l’équipe de 42 est très heureuse de partager avec vous la publication de notre tout nouveau magazine d’interviews socio-politiques. Tout a commencé il y a un an, lorsque six jeunes Européennes ont décidé de ne plus accepter les explications simplistes censés expliciter les problématiques sociales complexes de notre temps. Dans un monde globalisé qui gagne de plus en plus en complexité et en rapidité, nous acceptons souvent des réponses trop simples sans forcément porter attention à leur véracité ou à la réduction de sens qu’elles présentent. Trouver des positions approfondies s’avère souvent difficile, d’une part, parce que les faits sont la plupart du temps plus complexes que les messages populistes ; et d’autre part, parce que l’écart entre la communauté scientifique et le reste de la population tend de plus en plus à s’agrandir. Les modèles explicatifs importants à la compréhension de notre temps semblent enfermés dans une tour d’ivoire. L’accessibilité à ces informations est souvent restreinte, notamment à cause de l’utilisation d’un langage trop complexe. Nous trouvons que …

Le terrorisme dans l’histoire

« En tant qu’historiens, nous voulons comprendre pourquoi certaines personnes, à un moment précis de l’Histoire, se mettent à considérer les actes terroristes comme légitimes. » Dr. Sebastian Gehrig, University of Oxford 42 : M. Gehrig, en tant qu’historien, comment définissez-vous le terrorisme ? Sebastian Gehrig : C’est une question difficile ! Il y a plusieurs conceptions différentes. Moi, je préfère l’une des explications les plus récentes, qui considère le terrorisme comme une forme de puissance et de langage politique. Il y a des théoriciens de la communication, qui ont intensément étudié comment les groupes terroristes – qu’ils soient de nature politique ou religieuse – se servent de la violence comme moyen de communication, pour propager leurs revendications. C’est en fonction du message qu’ils veulent transmettre, qu’ils choisissent leur genre d’attaque, la préparent et la mettent en scène. 42 : Les terroristes seraient alors les émetteurs d’un message. Et qu’en est-il de la réaction du destinataire ? SG : Ici, il faut se poser les questions suivantes : qui se sent concerné par le message …

Islamwissenschaften und Terrorismus

Le terrorisme et l’islam

« C’est principalement l’interprétation et l’utilisation actuelle des textes du Coran qui est en jeu. » Prof. Dr. Christine Schirrmacher, Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn   42 : Madame Schirrmacher – qu’est-ce que le terrorisme, si l’on considère son lien avec l’islam ? Christine Schirrmacher : Dans ce contexte, le terrorisme consiste en l’usage de la violence justifié par l’islam contre des personnes d’autres croyances. D’ailleurs, c’est en fait principalement contre les musulmans que cette violence s’adresse : à l’échelle mondiale, ils sont les principales victimes du terrorisme islamique ‒ contrairement aux non-musulmans, comme on pourrait le supposer. Je qualifierais par ailleurs le rejet des musulmans jugés non-croyants par d’autres (extrémistes) musulmans ‒ les dénommés takfir ‒ comme une forme de terrorisme spirituel. Ce terrorisme spirituel conduit à la haine, au mépris et aux conflits, et dans les cas extrêmes à des actes de violence pouvant aller jusqu’à l’assassinat de celui que l’on considère comme un mécréant et moins croyant que soi. C’est la perspective adoptée, entre autres, par les activistes de « l’état islamique ». 42 : L’islam est devenu …

Terrorisme et securité internationale

« Lorsque l’on se demande si la guerre contre la terreur peut être gagnée, on ne peut y répondre qu’avec un Non, clair et définitif. » Dr. Julian Wucherpfennig, Hertie School of Governance   42 : Monsieur Wucherpfennig, quand nous parlons aujourd’hui de terrorisme, nous pensons souvent, en raison des attentats de ces derniers mois, au terrorisme islamiste. D’un point de vue scientifique, une telle corrélation est-elle justifiée ? Julian Wucherpfennig : Non, cette perception n’a aucun lien avec la menace réelle, et ce à double titre. Premièrement, en Europe de l’ouest, la menace objective qui provient du terrorisme est minime. Il est bien plus probable de se noyer dans son bain, d’être foudroyé ou d’être écrasé par ses propres meubles, que de périr dans un attentat terroriste. Deuxièmement, ce risque mineur, n’est en aucun cas plus élevé qu’auparavant. Un terrorisme d’une plus grande envergure que celui d’aujourd’hui, existait déjà en Europe de l’Ouest depuis les années 1960 et 70. Il y a eu la RAF, l’ETA ou l’IRA. L’hypothèse selon laquelle les actes terroristes se seraient …

Terrorisme et réseaux sociaux

« Mais ce qui reste le plus important, c’est de trouver une réponse digitale coordonnée au niveau global. » Interview avec Kyle Matthews, Université Concordia de Montréal   Monsieur Matthews, pourquoi la propagande djihadiste a-t-elle tant de succès sur les réseaux sociaux ? Les États n’ont plus le monopole du recours à la force, les médias ont perdu leur monopole en matière d’information. Aujourd’hui, il suffit d’avoir internet pour propager des messages extrémistes comme ceux de l’État islamique : « Nous accomplirons la prophétie – nous créerons un califat. » C’est par ce message que l’État islamique se distingue d’autres groupes islamiques. En Irak et en Syrie, il travaille sur la réalisation concrète de ce but. En faisant cela, il fait preuve de créativité : l’EI dispose de toute une équipe qui édite des vidéos de manière professionnelle et kidnappe (angl. hijacking) des hashtags, comme c’était le cas lors de la Coupe du Monde en 2014 ou lors du Deutsche Welle Global Media Forum en 2015. Ils propagent leur idéologie à l’aide de hashtags populaires. En plus, ils réalisent …

La langue du terrorisme

« Ce que nous savons des mauvaises herbes, du cancer ou du mal absolu, nous le transférons mentalement sur le terrorisme. »  Prof. Dr. Daniela Pirazzini, Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität 42 : En tant que linguiste, comment définissez-vous le terrorisme ? Daniela Pirazzini : Le mot « terrorisme » est issu du verbe latin terrere qui signifie épouvanter, effrayer, provoquer l’effroi. Aujourd’hui lorsqu’on fait allusion au mot « terrorisme », on se réfère en général, à l’utilisation de la violence qui propage la peur et la crainte. Mais lors d’une analyse linguistique du discours, on ne peut décrire de manière systématique la signification d’un mot à un instant précis, qu’en examinant la manière dont ce mot est utilisé à l’écrit comme à l’oral dans son rapport à son contexte linguistique et culturel. On pense par exemple à la Terreur, période de dictature violente suite à la Révolution française, qui causa la mort de je ne sais combien de milliers de victimes. Les différents aspects sémantiques d’un mot se construisent toujours dans un cadre discursif, c’est-à-dire en relation à d’autres mots. Quand il est …

Terrorisme et sociologie

« Nous avons besoin d’un mouvement qui puisse renforcer et donner de la consistance aux points de vue de tout un chacun. » Prof. Dr. Frank Furedi, University of Kent 42 : En tant que sociologue, définiriez-vous le terrorisme différemment après les événements du 11 septembre 2001 ? Frank Furedi : Non, je ne pense pas. Je pense qu’il est toujours problématique de définir le terrorisme car il est difficile de le distinguer d’autres formes de violences politiques. Je ne suis pas d’accord pour dire que les attaques du 11 septembre aient été un événement majeur et singulier, bien qu’elles aient eu un impact sur le monde entier ; Nous avons désormais un sentiment d’insécurité. Le but premier du terrorisme est cependant de semer la terreur – pas seulement parmi ceux directement ciblés par les attentats, mais également parmi la population en général, et cette distinction est très importante.Par ailleurs, le terrorisme consiste à susciter une réaction de la part de la population. Cette réaction est bien plus importante que l’acte de terreur lui-même. Les gens devraient en …

Le terrorisme, les études de genre et la théorie queer

« Le simple fait de ne pas avoir été présent au moment des conflits, rend le traumatisme si vivace qu’il devient une part intégrante de l’identité. » Dr. Donald Varn Lowman, Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn   42 : Don Varn Lowman – Comment la théorie queer aborde-t-elle les problèmes soulevés par le terrorisme ? DVL : Nous nous intéressons tout d’abord au concept d’identité et d’altérité – différenciation et distanciation. Dans ce processus chaque action individuelle définit les actions d’un groupe. Ce phénomène est un thème de prédilection des recherches de genre et des études queer. Cette théorie questionne l’idée d’une identité fixe opposée à une identité en perpétuelle changement. Cela s’apparente beaucoup au travail de Judith Butler, qui affirme que le genre est avant tout une construction sociale. Concernant le terrorisme, j’ajouterais également que l’identité religieuse, ou plutôt l’idée originelle implicite à certaines religions est construite socialement. Le terrorisme est aujourd’hui directement associé à l’Islam. Sur plus d’un milliard de musulmans dans le monde, environ 0.0001% d’entre eux sont des terroristes ou soutiennent le terrorisme. L’action de …

Le terrorisme et les médias

« On devrait informer la population, mais sans semer l’hystérie. »  Prof. Dr. Caja Thimm, Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn 42 : Madame Thimm – que signifie le terme „terrorisme“ selon vous ? Caja Thimm : Le terrorisme est une agression chargée de violence contre les instances de l’état, contre des personnes qui représentent cet état ou contre des institutions de l’état. La RAF (n.d.l.r. Fraction armée rouge), les meurtres de Jürgen Ponto ou Hans Martin Schleier – ce sont mes souvenirs personnels les plus anciens. Évidemment, le terrorisme actuel se présente sous une forme différente. Il consiste beaucoup moins en des attaques d’individus et de plus en plus en des actes symboliques. Il s’agit aujourd’hui beaucoup plus d’un terrorisme contre une certaine vision du monde, que d’un terrorisme contre l’état, comme c’était le cas l’époque. 42 : Vous intensifiez de plus en plus vos recherches sur les médias en ligne. Le terrorisme existe depuis longtemps – les réseaux sociaux depuis peu. Comment les terroristes se-servent-t-ils de ce nouvel instrument ? CT : Les terroristes agissent de manière très …

Le terrorisme sociétal

« Le terrorisme est un phénomène foncièrement social » Dr. Daniel Witte, Käte Hamburger Kolleg « Recht als Kultur », Internationales Kolleg für Geisteswissenschaftliche Forschung 42 : La sociologie devrait-elle prendre pour objet d’étude le terrorisme ? DW : Le terrorisme est un véritable phénomène sociétal, et il est aussi, par conséquent, un sujet d’étude au sein de la recherche en sociologie. De prime abord, cela peut sembler épouvantablement banal, mais cela ne l’est pas. Le terrorisme moderne est, par ses causes, par sa structure, par son dynamisme, tout comme par les effets qu’il engendre, un fait fondamentalement social. Si les terroristes étaient tous des psychopathes, la sociologie devrait plutôt céder aux psychologues ces questions sur la théorie de l’action. Dans ce cas, se demander pourquoi des acteurs, sous certaines conditions sociales, choisissent de s’engager au sein du terrorisme – ce qui serait problématiser le terrorisme sous un angle sociologique ­‑ serait aborder la question du mauvais angle. Mais ce n’est justement pas le cas : comme on le voit à chaque fois dans les enquêtes, les terroristes sont statistiquement …

Psychologie et terrorisme

« A partir du moment où l’idéologie est acceptée, les terroristes se mettent à agir de façon résolue et rationnelle. » Mme Michaela Sonnicksen, M.Sc et Prof. Dr. Rainer Banse, Institut de psychologie de la Rheinische Friedrich-Wilhelms-Université de Bonn 42 : Mme Sonnicksen, Professeur Banse – Quelle définition donne-t-on au terrorisme en psychologie ? Michaela Sonnicksen : Il n’y a pas de définition unique, de même qu’il n’y en a pas non plus dans d’autres disciplines. Le terrorisme est l’aboutissement d’un processus de radicalisation. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les individus se radicalisant deviennent tous des terroristes. Un terroriste est quelqu’un prêt à des actions violentes au détriment d’autrui. Le terrorisme ne profite pas directement des violences physiques commises, mais plutôt des effets psychiques causées par cette violence. Les meurtres de dictateurs, les coups d’état, les actions de guérilla ne sont pas mises au compte du terrorisme. Le but des terroristes est de faire peur. Mais il faut envisager : celui qui est appelé terroriste par certains, est un libérateur pour d’autres. 42 …